La filière mondiale du plastique est marquée par le poids important d’un petit nombre de multinationales présentes sur toute ou une grande partie de la chaîne.
Après un échec en Corée du Sud fin 2024, puis un autre en Suisse à l’été 2025, un nouveau sommet mondial est prévu le 7 février à Genève pour obtenir un traité visant à réduire la pollution plastique, notamment par la réduction des volumes de plastique produits.
Résistant, le plastique coûte relativement peu cher à produire et peut prendre de nombreuses formes, ce qui en multiplie les usages. Il n’est donc pas étonnant qu’il soit devenu omniprésent. La production mondiale de plastique a été multipliée par six en 40 ans. Elle continue à progresser et l’OCDE prévoit un triplement de l’usage du plastique entre 2019 et 2060.
Dans une étude réalisée en 2024 et 2025 que nous publions aujourd’hui pour la première fois, le BASIC a modélisé le métabolisme des matières plastiques au niveau mondial, de l’extraction de pétrole à leur usage dans les différents secteurs économiques. Elle montre que près d’un tiers ont pour usage final les emballages.

Largement présent également dans le secteur de la construction, des transports ou du textile (polyester, par exemple), le plastique a de multiples impacts écologiques négatifs, qu’il termine sa vie incinéré ou, pire encore, enfoui dans le sol ou abandonné dans la nature. La part des déchets plastiques qui finissent dans la nature atteint 22%, selon une étude publiée en 2022 par l’OCDE.
L’industrie du plastique vante un modèle idéal presque entièrement circulaire, où le recyclage tiendrait une place prépondérante. Or, la part de plastique en fin de vie effectivement recyclé n’atteint que 9%, selon l’OCDE. La plupart des matières plastiques ne peuvent être reconverties qu’en des matériaux de qualité inférieure, rendant impossible l’idéal d’une réutilisation à l’infini.

Si les négociations sur un traité contre la pollution plastique ont échoué jusqu’ici, c’est que plusieurs pays se sont opposés à ce que le texte fasse référence à une baisse de la production de plastique, préférant se focaliser sur l’aval de la filière : la gestion des déchets et le recyclage. Ces pays, ce sont les grands producteurs de pétrole et de gaz, comme l’Arabie saoudite, l’Iran et la Russie.
Le pétrole et le gaz sont les principales ressources fossiles à l’origine de la production des matières plastiques. Notre étude montre que la filière plastique est dominée par un petit nombre de grands acteurs fortement intégrés verticalement, c’est-à-dire qui contrôlent le processus de production depuis l’extraction des ressources fossiles jusqu’à la production de polymères, voire des produits en plastique finaux.
On retrouve ainsi parmi les géants du secteur les pétroliers ExxonMobil (États-Unis), Ineos (Royaume-Uni), Saudi Aramco (Arabie saoudite) PetroChina et Sinopec (Chine). Signe de la concentration du secteur, les huit principales entreprises du secteur contribuent à un tiers des déchets dus aux plastiques à usage unique, selon un calcul effectué à partir des données récoltées par la fondation Minderoo.

Notre étude montre que les entreprises pétrolières et gazières voient dans le plastique un débouché croissant dans un contexte où les ambitions de lutte contre le réchauffement climatique portées par l’accord de Paris incitent à une baisse de l’usage des énergies fossiles comme source d’énergie. Le plastique, qui n’était à l’origine qu’un coproduit de l’industrie pétrolière, tend à occuper une place de plus en plus centrale dans le modèle économique des groupes pétrochimiques.
👉 Lire notre étude sur la filière plastique.
NB : Cette étude fait maintenant l’objet d’une valorisation académique dans le cadre d’une coécriture avec deux chercheurs. L’article sera présenté au prochain colloque de la Society for the Advancement of Socio-Economics (SASE) à Bordeaux en juillet.
Photo : Alexander Grey / Unsplash.